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A Chiconi : une vanille gonflée de saveurs

Ibrahim dans son champ de vanille

Les bâtons de vanille, gonflés de saveur, vendus par Ibrahim à Chiconi, font la fierté de cette petite commune du sud-ouest de Mayotte.

Chiconi est  la plus petite commune de Mayotte et aussi une des plus anciennes, semble-t-il. Créée bien avant 1841, date officielle de l'arrivée des Français sur l’île. Elle comprend deux villages, Chiconi même et Sohoa -  juste au-dessus de Sada, sur la côte Ouest de Grande-Terre. On y parle essentiellement la langue malgache, le shibushi, et non le shimaoré, la langue locale. Quasiment toutes les familles sont, en effet, d’origine malgache (et plus précisément de l’ethnie « sakalava »), souvent  installées ici depuis plusieurs générations.

Comme pour beaucoup de villages mahorais, l’agriculture y est le fondement de la vie économique. Avec une spécialité, la vanille.
Le premier village s’étale sur deux zones bien distinctes : au bord de l’Océan, le long de la rive nord  de la jolie baie…de Chiconi et sur les hauts, dominant cette même baie.

Entre les deux, une route en lacets qui grimpe sévèrement. Puis, plus loin vers le Nord, Sohoa, sa place et sa petite route qui descend vers l’immense plage au sable clair du même nom, bordée d’arbres – principalement des badamiers - et plantée de quelques farés.
Ibrahim tient boutique à l’entrée Est de Chiconi (quartier Moussa Vita), affichant avec fierté ses diplômes obtenus lors des concours du Salon de l’agriculture à Paris. Sa vanille est belle, gonflée et odorante. Qualité : « Bourbon ».  Elle attend l’acheteur, entreposée dans de jolies malles en bois ou étalée sur son comptoir, en petits fagots ou encore torsadée en mini-sculptures.

Les champs de vanille d’Ibrahim sont perchés dans les hauts d’Apandzo, sur une autre commune, toute proche, celle d’Ouangani. En janvier, les gousses de vanille accrochées aux lianes, elles-mêmes vrillées autour de leurs tuteurs, sont déjà d’un beau vert brillant, charnues. Elles poussent au milieu d’herbes hautes qui conservent l’humidité propice à leur développement. En mars, tout est désherbé. Un mois de travail au minimum! Puis, en mai, la nouvelle récolte débute. Ce n’est qu’après différentes étapes de séchage que la vanille sera vendue…

Chaque geste du cultivateur de vanille, Ibrahim les a appris auprès d’un réunionnais mandaté par la Coopérative de la vanille (installée aujourd’hui à Coconi), durant deux saisons. Cela a utilement complété ce qu’il avait appris de son père. De 500 pieds que ce dernier lui a légués, il est passé à plus de 5000 !
Aujourd’hui pourtant, le nombre de cultivateurs de vanille sur l’île se compte sur les doigts d’une main  et la récolte est bien faible. Essentiellement du fait de la concurrence de la vanille de Madagascar et de celle des autres îles des Comores où les salaires des ouvriers agricoles sont très largement inférieurs à ceux de Mayotte. Ainsi la vanille de Chiconi est-elle vendue…100 fois plus cher ! 1 euro le kg pour la vanille malgache, 100 pour la vanille mahoraise (pour les ventes en gros). Impossible de l’exporter avec un tel écart. Seule issue : la vendre aux  touristes qui visitent Mayotte et aux résidents de l’île au lagon. Qui ne seront pas déçus, loin de là.

Aujourd’hui Ibrahim ne se plaint pas, son affaire survit : il a juste besoin de trouver des employés qui l’aident car seul il ne peut y arriver. Un seul exemple : 4000 fleurs à féconder, à la main, une à une !

NB : Ce reportage, réalisé par le même auteur (journaliste et directrice de publication du site internet sur lequel vous vous trouvez), est paru, en partie, dans Mayotte magazine.

Laurence de Susanne - IleMayotte.com