Version française English version

Mayotte > Guide > Reportages > Société et culture > Mère de 4 enfants, salariée à temps plein et… « libre » !

Mère de 4 enfants, salariée à temps plein et… « libre » !

Femmes mahoraises

Ne vous méprenez pas sur le mot «libre» ! D. Y, 39 ans, est mariée, mère de famille et heureuse de l’être. Tout en élevant ses quatre enfants (10, 7, 6 et 1 an) avec l’aide de son instituteur de mari, elle se dit «libre» tout simplement parce qu’elle travaille. «Grâce» au fait qu’elle travaille devrait-t-on écrire. Et pourtant ce n’est pas tous les jours facile.

La famille Y. habite Bouéni, tout au sud de l’île, et D. .travaille à …Mamoudzou, soit à plus d’une heure de route.
Chaque jour, D. fait sonner le réveil à 5h, prie (toute seule), prend sa douche puis va lever les enfants, les débarbouille et leur prépare un petit-déjeuner. C’est «speed» constate-t-elle en souriant! Son mari prend le relais et veille à ce que les trois aînés se rendent à l’école coranique (*) tandis que D. saute dans un taxi collectif qui la fait décoller vers 6h30 de chez elle. Le petit dernier sera conduit chez la Maman de D. qui heureusement, et comme c’est très souvent le cas dans les familles mahoraises, habite juste à côté.

Près d’une heure après, D. arrive à Cavani au CRIJ (Centre régional d’information Jeunesse) qui est son lieu de travail depuis 1995. Sa fonction exacte: «Informatrice jeunesse». Jusqu’à 16h 30 – et parfois sans pause - elle va écouter, puis informer, aiguiller les jeunes qui cherchent leur voie professionnelle. Sans parler des réunions en interne. Un travail qu’elle aime pour les rencontres qu’il permet de faire, les incessants contacts avec «l’extérieur».

D.Y. travaille depuis l’âge de 23 ans, avant même de se marier. «Il faut s’imposer, notamment par rapport aux hommes mahorais, qui, même s’ils ont évolué, ont encore du mal à accepter que leur femme soit autonome. C’est indispensable de s’affirmer et on ne peut le faire si on ne travaille pas». Secrétaire - documentaliste - dactylo- chargée de l’accueil (souvent tout à la fois!) au Lycée de Kahani puis au Journal de Mayotte avant d’arriver au CRIJ, D.Y. a passé un BEP de secrétariat et un BEATEP (Brevet d’État d’Animateur Technicien de l’Éducation Populaire et de la Jeunesse). Alors qu’elle était déjà mariée, elle est allée en métropole et à La Réunion pour parfaire sa formation, s’absentant, de fait, plusieurs mois. «Mon mari l’a gentiment accepté et s’est occupé des enfants, avec l’aide de ma mère ».

Même volonté de progresser chez son mari qui, instituteur sans baccalauréat, a passé l’an dernier son DAEU (2) pour être à niveau comme l’impose aujourd’hui le Vice-Rectorat et va s’atteler au FLE (Français-Langues      Etrangères) pour se spécialiser.
La ténacité, la nécessité d’apprendre, d’avancer, «d’être courageux», sont des valeurs que chaque jour, auprès des jeunes qu’elle reçoit, et auprès de ses enfants, D.Y. tente de faire passer. Avec un beau sourire et une sacrée conviction !
 
(1) Pendant les vacances, l’école coranique a lieu le matin; durant l’année scolaire elle se déroule l’après-midi de 14h à 16h, après l’école laïque et le casse-croûte de midi.

(2) Le Diplôme d’Accès aux Etudes Universitaires (DAEU) est un diplôme national reconnu au même titre que le Baccalauréat. Il confère les mêmes droits que ce dernier.

Laurence de Susanne - IleMayotte.com