Une population jeune, métissée, en pleine croissance et musulmane
Les premières traces de population à Mayotte remontent au IX ème siècle, période des conquêtes arabes dans l’Océan indien et de leurs activités commerciales. Se succèderont des migrants sud-arabiques, des protomalgaches d’origine malayo-polynésiennes à caractère matrilinéaire (voir encadré), puis des populations arabo-perso-bantoues venant de la Côte nord-Est de l’Afrique.
Au XII ème siècle , l’islam sunnite chéféite impose la patrilinéarité : c’est la période shirazienne. Vers 1600, arrive une population africaine via Madagascar, avec sa matrilinéarité : le monde shirazi (langue : le shimaore) et le monde malgache (langue : le shibushi) se côtoient. Chaque groupe culturel se maintiendra dans son environnement traditionnel en s’influençant réciproquement. L’archipel des Comores s’organise en sultanats.
La population mahoraise d’aujourd’hui est donc issue d'un métissage entre les populations d'origine bantoue et les différentes vagues d'immigration, principalement malgache. En 1978, la population de Mayotte est de 46 965 habitants. En 2002 elle est de 160 265 habitants. Un nouveau recensement de la population a été réalisé en juillet et août 2007 : à la date où nous publions cette page, les résultats ne sont pas encore connus mais la population de Mayotte risque bien aujourd’hui de dépasser les 190 000 habitants.
L’île se caractérise par une très forte densité : 430 habitants au km² (en 2002) contre 107 pour la France entière ! La population est de plus en plus concentrée autour d'un pôle urbain, Mamoudzou, chef lieu de l'île où habitent plus de 45 000 habitants (soit 28% de la population totale).
La natalité élevée (même si le nombre d’enfants par femme a baissé de 8 dans les années 70 à 4,2) et l'immigration, essentiellement clandestine, en provenance des îles comoriennes voisines très pauvres (et particulièrement d’Anjouan, située à 70 km de Mayotte), sont à l'origine de cette croissance démographique très importante.
La population mahoraise est jeune : 56 % de la population totale a moins de 20 ans, pourcentage le plus élevé de tous les territoires français. Cette population est marquée par le drame de l’immigration clandestine : un habitant de Mayotte sur trois est un étranger en situation irrégulière, soit au moins 50 000 personnes. Le rejet des immigrants comoriens par une grande partie des Mahorais est de plus en plus criant, même si beaucoup de familles mahoraises ont des membres de leur famille qui viennent des autres îles. Il ne faut pas oublier, en effet, que les quatre îles de l’Archipel des Comores – La Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte - faisaient toutes partie d’un unique ensemble : colonie française de 1912 à 1946, puis Territoire d’Outre-Mer jusqu’en 1975. Suite à un référendum le 22 décembre 1974, Mayotte décide d’être française tandis que les trois autres îles choisissent l’indépendance.
Islam modéré – Droit coutumier et droit commun
La religion musulmane, implantée à Mayotte depuis le XVème siècle, occupe une place majeure dans l'organisation de la société. 95 % des Mahorais sont d'obédience musulmane et de rite sunnite, mais c’est un islam modéré et tolérant.
Le droit coutumier inspiré du droit musulman et des coutumes africaines et malgaches s'applique aux seuls Mahorais ayant conservé leur statut personnel, comme le permet l'article 75 de la Constitution. La loi du 11 juillet 2001 relative à Mayotte maintient l'existence de ce statut civil de droit local et précise les possibilités d’y renoncer au profit du statut civil de droit commun.
Les domaines d’application du statut civil de droit local sont précisés par la loi programme pour l’Outre-Mer (LOPOM) du 21 juillet 2003 : l’état et la capacité de personnes, les régimes matrimoniaux, les successions et les libéralités. La LOPOM interdit la polygamie (pour les jeunes hommes en âge de se marier au 1er janvier 2005) et la répudiation des femmes ; elle établit l’égalité successorale entre hommes et femmes. En outre la loi relative à l’immigration et à l’intégration du 24 juillet 2006 confie au seul officier d’état civil la célébration du mariage civil, alors que précédemment le mariage célébré devant le cadi en droit local pouvait être validé en droit commun par la présence simultanée d’un officier d’état civil.
Les litiges nés de l'application du droit local sont de la compétence soit du tribunal de première instance soit de l’activité des cadis (voir encadré), elle-même placée sous le contrôle du Parquet et susceptible de cassation par le Tribunal de Mamoudzou.



